«Dans la maison close, une fille se prostitue pour 4 euros»

Written by on 16 mars 2012 in Rencontrer, Travailler - No comments

La plaque de l'impasse où se cache la maison close de Tunis. Photo fournie par zizirider, au site Internet de France 24. (DR.)

Pour évoquer le sujet tabou de la prostitution en Tunisie, rencontre avec Ali*, qui œuvre pour la prévention des MST auprès des prostituées.

 

En Tunisie, peut-être plus qu’en France, la prostitution est un sujet tabou. Difficile de trouver des interlocuteurs qui acceptent de vous éclairer sur le sujet. Nous avions entendu parler de la maison close, impasse Abdallah Gueche, dans la médina de Tunis. Absente de nos cartes et de nos guides touristiques, nous avons glané quelques indices sur cette établissement auprès des Tunisois. Nous l’avons finalement trouvée, à quelques pas des souks, sans pouvoir y rentrer.

Dans cette rue étroite, où le flux des passants est constant, notre présence a tout de suite attiré l’attention. Impossible de franchir le portail bleu, imposant, qui nous séparait de la maison close. De vieilles dames nous ont repoussées de manière autoritaire. « C’est dangereux pour vous d’être ici », nous ont prévenues les jeunes hommes qui patientaient devant le portail. Nous nous sommes alors tournés vers des associatifs et avons rencontré Ali*, qui œuvre pour la prévention des MST auprès des travailleuses du sexe.

« Pouvez-vous nous dire quel est le statut des prostituées en Tunisie ?

La prostitution est autorisée dans les maisons closes par le ministère de l’Intérieur. Mais pas dans la rue ni dans les bars. Ces autres prostituées, dites « clandestines », sont interdites par le Code pénal. Celles qui travaillent dans la maison close sont d’anciennes prostituées clandestines, détectées par des policiers dans la rue. D’autres  sont venues directement demander au ministère d’intégrer la maison.

Comment vivent les filles de la maison close ?

Elles sont une trentaine, travaillent dans des petites maisons de deux ou trois chambres. Généralement, elles ont entre 18 et 35 ans.  Certaines habitent ici mais d’autres préfèrent vivre chez elles. Une passe coûte entre 8 et 15 dinars (4 et 7,50 euros) : un tiers revient à la prostituée, un autre à la patronne et le dernier à l’Etat.

Qui dirige la maison close ?

A la tête de chaque petite maison, il y a une ancienne prostituée, qui n’est plus apte à travailler et qui veut rester. Elles gèrent la maison, les problèmes avec les clients, la vie quotidienne. Mais si une prostituée attrape le sida ou une MST (maladies sexuellement transmissibles), elle doit arrêter de travailler.

Qui sont les clients ?

Ce sont plutôt des hommes qui n’ont pas trop d’argent, un faible niveau de vie. Les hommes d’affaires vont plutôt dans les bars ou les restaurants où ils peuvent trouver d’autres prostituées.

La Révolution a-t-elle changé leurs conditions de vie ?

Avant la Révolution, elles recevaient toute la journée, tous les jours de la semaine, même pendant le Ramadan. Mais depuis l’élection d’Ennahdha, elles ne sont autorisées à travailler que de 8 heures à 18 heures et jamais le vendredi, jour de prière. La maison close de Tunis a déjà été attaquée par des islamistes, qui veulent la fermer. Les filles ont peur d’être agressées et, maintenant, beaucoup de policiers les surveillent.

Leurs revenus ont-ils baissé ?

Certaines filles vont se prostituer dans la rue ou dans des bars, après leur journée à la maison close. Comme les clients ont peur des salafistes, ils n’osent plus venir, alors les revenus des prostituées ont considérablement baissé. Dans la rue, elles sont plus vulnérables : elles risquent d’être agressées ou d’attraper des infections car rien n’oblige le client à mettre un préservatif. »

Propos recueillis par Sandrine ANDREI et Estelle FAURE

* Le prénom a été modifié à sa demande.

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