Le rugby tunisien veut faire sa révolution

Written by on 15 mars 2012 in Jouer - No comments

La 37e sélection au classement mondial est en stage, du 12 au 15 mars, à Tunis. En ligne de mire : la Coupe d’Afrique en juillet à domicile et le Mondial 2015. Il reste beaucoup de travail…

Cité olympique d’El Menzah, à Tunis. Le terrain est bosselé, le gazon fait cruellement défaut et les lignes de touche sont à peine visibles. L’équipement se résume à des plots de chantier et des coupelles. La plupart des joueurs n’ont pas de maillot de la sélection, ils arborent celui de leur club. Certains portent des chaussures déchirées. Dans le bureau sans fenêtre du gardien, un calendrier de l’année… 2006. Un chien dort à l’ombre des cyprès, au bord de la pelouse. Le rugby tunisien, 37e au classement mondial, est à l’image de ses installations : délabré.

Les joueurs tunisiens à l'entraînement. (photo CFJ / N.F.)

Mais, à quatre mois de la Coupe d’Afrique que le pays accueillera, du 9 au 15 juillet, il veut se préparer de la meilleure manière. Une quarantaine de joueurs a été convoquée à un stage de sélection, quatre jours durant. Ils sont tous amateurs. « Je joue au Rugby Club Tahrir [champion de Tunisie en titre, ndlr], et je termine des études d’ingénieur », raconte un solide gaillard de 2 mètres de haut.

Au programme de la matinée, des tests physiques. En réalité, ceux-ci se limitent à des allers-retours entre deux plots, rythmés par les coups de sifflets incessants de Faysel Hlaiem, un entraîneur adjoint, assis entre deux arbres sur une chaise en plastique, ordinateur portable sur les genoux. La plupart des joueurs ne tiennent pas jusqu’au bout. Casquette blanche vissée sur le crâne, grosse doudoune par-dessus son survêtement malgré la chaleur, Faysel Hlaiem explique, de sa voix de basse, que « dans leur club, les joueurs s’entraînent deux ou trois fois par semaine. Certains font de la muscu à côté, mais entre le boulot et les études, tous ne le peuvent pas ».

Petit, frêle et maillot du XV de France sur le dos

L’entraînement de l’après-midi évoque davantage une bande de copains qu’à une sélection nationale. L’ambiance est détendue. L’échauffement se fait au tout petit trot. Le sélectionneur, Philippe Rouzières, passé par le staff des jeunes de l’AS Clermont Auvergne, est Français. Petit, frêle et maillot du XV de France sur le dos, il commence, avec son accent du Sud-Ouest, par rappeler les bases du rugby : jeu des avants, des arrières, plaquages… Les ballons et les boucliers sont fournis par l’IRB, la Fédération internationale de rugby. « On n’en trouve même pas en Tunisie », déplore Faysel Hlaiem.

« Je vois beaucoup d’envie et de détermination, analyse Philippe Rouzières, à la fin de l’entraînement. Mais c’est difficile de déterminer notre niveau réel. Je ne connais pas le niveau réel de nos adversaires (la Tunisie entamera la Coupe d’Afrique face au Zimbabwe, ndlr). Et nos joueurs manquent d’opposition. »

« Le ministère nous a promis une hausse du budget »

Et pour cause, le Championnat tunisien, amateur, est loin d’être une référence. Présent à la Cité olympique, Lotfi Gharbi, entraîneur et directeur administratif du RC Tahrir, dont cinq joueurs garnissent les rangs de la sélection, raconte les difficultés financières de son club. « Notre budget est de 18 000 dinars (9 000 euros, ndlr), à 90 % subventionné par l’Etat. On n’arrive pas à payer des infrastructures et se déplacer coûte cher. » D’autant plus que les licences sont gratuites pour les joueurs.

Entrée du stade d'El Menzah. (photo CFJ / N.F.)

La Révolution fait, néanmoins, doucement bouger les lignes. Auparavant, les dirigeants des clubs étaient nommés directement par le pouvoir, ils sont désormais élus. Un nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, Tarak Dhiab, a été désigné en décembre 2011. « Nos relations avec lui sont bonnes », se réjouit Riadh Chelly, le président de la Fédération Tunisienne de Rugby. « Il nous a promis une hausse du budget, pour cette année, car il y a de grosses échéances. Et c’est grâce à lui que nous avons pu recruter, il y a deux mois, Philippe Rouzières. »

Le rugby tunisien a donc l’espoir de revenir à une époque de (modestes) succès. Lotfi Gharbi se souvient d’une tournée dans le Sud-Ouest de la France, en 1991, lors de laquelle la Tunisie avait battu l’équipe de France de la police. En rigolant, il lance : « À l’époque, on disait : ‘’ Les couscous ont mangé les poulets !’’. »

Romain BECKER et Nicolas FELDMANN

Leave a Comment