Moulares, les mines au ralenti

Written by on 14 mars 2012 in Rencontrer, Travailler - No comments

Le site d’extraction du phosphate de Moulares, près de Gafsa, tourne à 50% de sa capacité depuis plusieurs mois. Un incendie a ravagé le bâtiment de stockage des pièces de rechange et rien n’est fait pour le remettre en état. L’immobilisme de la CPG commence à entraver sérieusement l’activité.

Le bureau de l’atelier de construction métallique, dévasté par un incendie à Moulares. (photo CFJ / V.V.)

« Voilà, c’était mon bureau. » L’un des salariés du magasin de stockage et de l’atelier de construction métallique, montre l’ampleur du désastre. Les murs sont encore debouts, mais l’odeur de suie agresse les narines. Le sol est jonché de tuiles calcinées, de morceaux de dossiers épars. Le 23 novembre 2011, après les résultats des concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) à Moulares, à une cinquantaine de kilomètres de Gafsa, les émeutiers ont incendié  les locaux techniques de la société.

« J’étais là le jour de l’incendie. Des jeunes chômeurs ont commencé à casser les portes et les fenêtres et à piller le magasin de stockage. Quand le feu a pris, j’ai pleuré », confie ce cadre de la CPG, diplômé en génie minier. Né à Moulares, il y a toujours travaillé. « Je veux partir d’ici, aller travailler au Canada, je n’en peux plus », soupire-t-il.

Entre l’incendie et les vols, il y en a pour 5 millions de dinars (2,5 millions d’euros). Les pièces de rechange des machines sont revendues une misère au marché noir, pour un cinquième de leur prix. Celles qui ont échappé aux pillages sont inutilisables. Les installations d’extraction et de traitement du phosphate ne peuvent plus fonctionner normalement. « Quand j’ai des pannes sur la pompe d’entretien, je n’ai pas de pièces de rechanges et la machine qui tourne avec cette pompe doit rester à l’arrêt. Sur la bande transporteuse par exemple, je ne trouve pas d’accessoires rouleaux, de supports, et ainsi de suite. D’habitude, l’usine tourne 20 heures par jour. Mais la semaine dernière, par exemple, on n’a pu tourner que 10 heures par jour ! »

Le magasin de stockage de l’atelier de construction métallique a pris feu lui aussi. (photo CFJ / V.V.)

Dans l’ancien magasin éventré, des pièces détachées inutilisables, sur les étagères branlantes et calcinées. « Cette pièce de tambour que vous voyez là, elle coûte 7000 dinars (3500 euros). Et vous voyez, elle est fichue. Et quand je commande une pièce, c’est très long, je ne la reçois qu’au bout de plusieurs mois. On bricole comme on peut dans l’atelier à côté, mais ça ne suffit pas. »

Quand les résultats du concours de recrutement de la CPG sont tombés le 23 novembre dernier, seuls 450 candidats ont été recrutés, sur plus de 600 demandes. « En 2008 [lors du soulèvement du bassin minier, ndlr], la situation était critique ici. Mais les gens ne volaient pas, ils ne détruisaient pas. » A Moulares, comme dans les autres villes du bassin minier, la colère et les jalousies se sont attisées. « Vous êtes diplômé, vous avez 40 ans et vous êtes au chômage depuis plusieurs années. Vous voyez un jeune de 18 ans qui est recruté, et pas vous. Comment vous réagissez ? Les résultats étaient inéquitables. »

« Les résultats du concours étaient inéquitables »

Entre novembre 2011 et mars 2012, le chef du siège, qui n’habite pourtant qu’à quelques kilomètres du site, n’est jamais venu voir l’entrepôt. « C’est à lui que revient la décision de réhabiliter le bâtiment. La CPG ne manque pas de moyens. Quand le train de phosphates part de la mine, ce que je vois ce sont des millions qui quittent la ville tous les jours. A la CPG, la bureaucratie ne suit pas. » Les salariés ont pris l’initiative d’aménager un magasin de stockage de fortune dans le bâtiment d’en face qui abrite aussi l’atelier. « Quand le chef est venu, il a dit qu’on pouvait réhabiliter le bâtiment avec quelques coups de pinceau. C’est absurde, il faut le raser et reconstruire. »
La charpente a volé en éclat, et les murs sont en grande partie effondrés. « Si on m’en donnait les moyens, je prendrais cela en charge, confie l’un des cadres. Mais ceux qui prennent les décisions ne se sentent pas concernés. »

Violette SAUVAGE

Sur le même sujet  : http://www.medinapart.com/2012/03/13/bassin-minier-chaudron-metlaoui-pret-embraser/

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