Les Rouges broient du noir

Written by on 14 mars 2012 in Voter - No comments

Le parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), créé  en 1986 et interdit par Ben Ali après trois ans de « tolérance », fête sa première année dans la légalité. Mais, malgré son image d’opposant historique, il peine à convaincre.

 

La faucille et le marteau dans une rue de Tunis. L’emblème communiste orne les deux petites banderoles accrochées sommairement sur le balcon de ce vieil immeuble du centre-ville de Tunis. Impossible de rater le siège du PCOT (prononcez « Pécotte »), qui s’est installé en mai 2011, en face d’un centre commercial très populaire. Derrière la porte en bois un peu vétuste, les militants s’activent autour d’un amas d’affiches reçues quelques jours plus tôt. Elles annoncent la multitude d’événements organisés par le parti pour célébrer la journée internationale de la Femme. Porté par un dynamisme post-révolutionnaire, le PCOT occupe le terrain et répond présent à chaque manifestation de la vie politique publique.

Le siège du PCOT, au 44 de la rue de Palestine, à Tunis. (photo CFJ / S.A.)

« La clandestinité était un combat de tous les jours mais chaque persécution nous rendait plus convaincus encore », explique Ameni Dhouib. A 24 ans, cette jolie étudiante en licence de chinois compte déjà six ans de militantisme au PCOT : « On ne parlait du mouvement qu’à des gens de confiance, relate-t-elle. Pour les « reconnaître », je leur donnais une fausse information et j’attendais quelques jours afin de voir si l’information circulait. Quand elle ne circulait pas, je pouvais proposer l’adhésion au parti », explique-t-elle de sa voix rauque. Un stratagème efficace et surtout nécessaire afin d’éviter la police politique infiltrée jusque dans les facs. « Ils ont arrêté des camarades jusqu’au 11 janvier, se souvient Amal Miled, recrutée il y a un et demi par Ameni, le matin du jour où Ben Ali est parti, notre secrétaire général Hamma Hamami était enfermé dans les geôles du ministère de l’Intérieur. »

Ces heures passées en prison sont devenues un gage de crédibilité auprès de la population : « Nous étions le seul parti d’opposition valable et nous avons subi de nombreuses arrestations », jure Jilani Hamami, co-fondateur du parti et ancien secrétaire général, avant d’ajouter posément : « On a participé à tous les mouvements de la Révolution de l’an dernier. » Qu’il s’agisse de l’économie, du social ou de l’éducation, le PCOT est l’unique parti, selon lui, à proposer un programme en accord avec les idéaux du 14 janvier 2011. D’où l’immense injustice ressentie face à la victoire d’Ennahdha aux élections du 23 octobre dernier : seuls trois députés ont été élus à l’Assemblée constituante, alors que le parti islamiste a décroché 89 sièges.

Amal et Ameni dans la cours de leur faculté de langues. (photo CFJ / S.A.)

« Ils nous ont volé notre révolution ! », n’hésite pas à clamer Amal, dénonçant un vote corrompu par l’argent : « Dans mon quartier, ils ont acheté des maisons, payé des factures. Au PCOT, nous avons respecté les règles démocratiques, pas eux. » Les membres du parti communistes expliquent avoir été victimes d’une campagne de discréditation auprès des Tunisiens : « Ils racontaient que nous n’étions pas croyants et que nous voulions détruire les mosquées », explique Jilani Hammami, avant de confesser : « De notre côté, nous n’avons pas réussi à nous implanter dans les quartiers pauvres. Or, ce sont eux qui ont voté pour Ennahdha. »

« Le parti communiste gouvernera la Tunisie »

Tous espèrent que les prochaines élections ne tarderont pas trop à venir. D’ici là, le PCOT prévoit de conquérir la classe ouvrière: « Nous sommes encore en train de nous organiser. Nous comptons nos membres, nous développons nos structures en banlieues et dans chaque région tunisienne. Nous savons que le peuple nous attend avec impatience, » semble se rassurer Jilani Hamami, tout en restant inquiet face à un gouvernement qu’il considère comme étant peu fiable. De leur côté, Ameni et Amal en sont certaines, dans quelques années, une fois la maturité du peuple acquise, le parti communiste gouvernera la Tunisie.

Sandrine ANDREI

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