La Révolution et moi… Olfa, vétérinaire engagée

Responsable d’une clinique vétérinaire tunisienne, Olfa Abid savoure une nouvelle liberté offerte par la Révolution : pourvoir créer des associations et s’engager individuellement.

 

A 36 ans, Olfa Abid est la responsable d'une clinique vétérinaire tunisienne, à la Menzah 8 (photo CFJ / M. L.C.)

. Qui êtes-vous ? « Je suis vétérinaire, j’ai 36 ans et je suis maman d’une petite fille de 6 ans. Je suis responsable ou simple membre de sept associations. J’ai commencé à faire du bénévolat en 2005. On avait plein de médicaments qui restaient, après nos consultations. On s’est dit : « On va collecter tout ça et on va soigner des ânes. » On a renouvelé l’expérience chaque année, sans jamais se demander ce qu’on faisait exactement. En 2009, on a voulu fonder une association. Cela nous a été refusé. On nous a expliqué qu’en Tunisie, pour en créer une, il fallait un intérêt scientifique. On s’est fait parrainé par une organisation officielle pour exister. Les ânes nous permettaient de voir des régions magnifiques mais extrêmement pauvres. Cela nous a donné un élan, des idées de développement, de micro-économie. Par la suite, il y a eu la Révolution. »

 

"Ce jour là, j'ai eu l'impression de voler", dit joliment Olfa. (photo CFJ / M. L.C.)

. Le 14 janvier ? « Ce jour-là, je me rappelle, j’ai eu l’impression de voler. Depuis une semaine, comme tout le monde, j’étais devantFacebook. On se libérait petit à petit. On était toujours poussé par la communication des autres et on allait encore plus loin. On était prêt à tout. Et c’est extraordinaire, quand on est descendu, on reconnaissait tout le monde. On retrouvait nos anciens camarades du lycée, nos anciens profs, nos amis, nos voisins. Tout le monde. On ne voulait pas s’arrêter. A un moment, on a entendu les bombes lacrymogènes. Au lieu de faire demi-tour, on avançait. Je me disais : « Il ne faut surtout pas que ça s’arrête. » Parce qu’on avait peur aussi. On était à la limite, devant le ministère de l’Intérieur, et on sait ce qu’il se passe, à l’intérieur… »

 . Qu’est-ce qui a changé ? « Il ne fallait pas faire demi-tour au niveau du ministère, le 14 janvier, alors maintenant non plus, on n’a pas le droit de faire marche arrière. Cela peut se traduire par des initiatives citoyennes, par exemple, car on a maintenant le droit de créer des associations. Avec des collègues, nous en avons fondé une, le 23 avril 2011 : « Vétérinaire pour la citoyenneté et le développement. »

« Association vétérinaire de citoyenneté et de développement », « Club faune & flore méditerranéenne », « Association des vétérinaires praticiens »… La jeune femme est membre active de sept associations. (photo CFJ / M. L.C.)

Le but de cette association est d’améliorer le revenu des citoyens dans les régions défavorisées, par le biais de l’élevage. Tout le monde y met du sien sur le terrain. C’est un élan, ça nous permet de nous occuper dans cette situation d’instabilité totale, d’évacuer cette énergie négative. Et puis c’est de la bonne fatigue. Une fois terminée une action, on a de l’énergie pour entreprendre autre chose. Le seul problème, je le dis souvent, c’est que le Tunisien ce n’est pas quelqu’un qui a un souffle énorme. Le Tunisien, c’est quelqu’un qui est pacifiste. Regardez l’histoire de notre pays, il n’y a pas eu de guerre ici. Pour la paix, peut-être que le Tunisien sacrifierait sa liberté. »

propos recueillis par Manon LE CHARPENTIER

One Comment on "La Révolution et moi… Olfa, vétérinaire engagée"

  1. olfa 13 mars 2012 à 21 h 20 min · Répondre

    oui je volais et je veux continuer à voler

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