Amel Guilouzi : bac +6 et 300 dinars par mois

Written by on 10 mars 2012 in Travailler - Commentaires fermés

300 dinars, soit 150 euros. C’est ce que les proches d’Amel Guilouzi lui donnent chaque mois pour qu’elle arrive à vivre. Une situation « confortable » d’après cette diplômée en finances, au chômage depuis six ans.

Amel Guilouzi vit grâce aux 300 euros mensuels que lui donne sa famille (photo CFJ / T. C.)

Elle a adhéré à l’Union des diplômés chômeurs de Monastir il y a un an. Une façon pour cette jeune femme de 30 ans de lutter contre une situation « insupportable » : titulaire d’une maîtrise en finances, elle est obligée de recevoir de l’argent de sa famille. Dissection d’un porte-monnaie de diplômée chômeuse tunisienne.

Revenus : 300 dinars (150 euros), donnés par sa famille.

« Ma situation n’est pas très grave parce que ma famille peut me donner de l’argent. Je connais beaucoup de femmes qui n’ont pas 1 dinar par mois. Les femmes sont plus durement touchées par le chômage que les hommes, qui peuvent plus facilement trouver un emploi manuel ou physique. Du coup, certaines femmes sont obligées de gagner de l’argent de manière… peu morale. »

 Dépenses:

  • Loyer : Amel est logée chez sa famille

« C’est très gênant de devoir, à 30 ans, demander de l’argent à ses proches et de ne pas pouvoir participer au budget de la famille. Les diplômés chômeurs ont d’ailleurs souvent des problèmes de communication avec leurs proches à cause de ça. C’est notre dignité qui est touchée. »

  • Nourriture : 100 à 150 dinars (50 à 75 euros)
  • Union des diplômés chômeurs : 35 dinars (17 euros) par déplacement

« Je viens à Tunis une à deux fois par mois pour participer aux réunions de l’Union des diplômés chômeurs, comme aujourd’hui. Le transport coûte cher, et il faut compter la nourriture sur place. »

  • Don aux amis : le reste

« J’ai des amis qui n’ont rien, ni proches pour leur venir en aide. A l’UDC, on vit ensemble, on prête, on reçoit. Alors, pour moi c’est normal de donner à ceux qui n’ont pas ma chance d’être aidée par ma famille. »

Pour Amel Guilouzi, « rien n’a changé ni ne changera » pour les diplômés chômeurs. « Le ministère dort. Cela fait six mois que la Constitution doit être discutée et qu’il ne se passe rien. » En attendant d’éventuelles réformes, Amel cherche un emploi par le biais de rares concours. « Les employés des ministères favorisent leurs copains et les entreprises privées, en crise, ne recrutent pas. J’ai l’impression qu’on va rester des diplômés chômeurs pendant encore vingt ans. » Un discussion nationale sur l’emploi est programmée en avril.

 

Tiphaine CRÉZÉ

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