Mobilisation générale pour les droits de la femme

Written by on 9 mars 2012 in Voter - No comments

A l’occasion de la journée internationale de la femme, l’association Femmes et Leadership organisait, le 8 mars, un colloque destiné à défendre et à promouvoir la place des Tunisiennes dans la société.

Vidéo. L’hymne national tunisien entonné par des femmes au Palais des Congrès.

« Les droits des femmes ne doivent pas quitter la constitution », s’exclame Jaouida Guida, première magistrate de l’histoire de la Tunisie et vice-présidente de l’association Femmes et leadership, créée peu de temps après la Révolution. Elle invitait jeudi 8 mars les Tunisiennes à débattre de leur place dans la société : « C’est grâce à Bourguiba que j’ai pu accéder à ce poste », précise la juriste, une petite sexagénaire énergique.

Comme Jaouida, la plupart des femmes réunies ce jeudi estiment que c’est au premier président tunisien qu’elles doivent leurs droits exceptionnels dans le monde arabe. Quelques mois après sa prise de pouvoir, en 1956, Bourguiba avait instauré le Code du statut personnel et fait de l’égalité homme-femme un principe constitutionnel.

Un climat tendu

Mais, depuis le 14 janvier 2011, les Tunisiennes sont inquiètes. Le parti islamiste Ennahdha, majoritaire à l’Assemblée constituante, reste flou au sujet des droits des femmes : « L’heure n’est pas à la revendication de nouveaux droits, résume Jaouida Guida, l’important est de préserver ceux que l’on a acquis depuis plus de cinquante ans. » Le climat est particulièrement tendu : la veille de l’événement, des étudiants salafistes ont remplacé le drapeau tunisien par le drapeau islamiste à l’université de la Manouba. En réaction, les organisatrices entonnent l’hymne national. Un couple de militants démocrates est même vêtu d’un grand drapeau tunisien.

Pour Sana Ghenima, présidente de l’association et chef d’entreprise, la mobilisation doit être autant sociale que politique : « Nous travaillons d’abord à la promotion des compétences féminines dans le monde du travail. » Pour ce faire, l’association bénéficie de l’aide de l’agence américaine pour le développement international (USAID), une ONG qui promet cinq millions de dollars (3,8 €) pour soutenir la transition démocratique en Tunisie : « Sur le plan législatif, la mobilisation est plus difficile, poursuit Sana Ghenima, mais on multiplie les manifestations pour inscrire définitivement les droits des femmes dans la Constitution. »

Des femmes déterminées

Pour la ministre des Affaires de la Femme et de la Famille, Sihem Badi, présente lors du colloque, les femmes détiennent les armes nécessaires pour combattre les menaces qui émergent : « Par sa forte personnalité et sa capacité de rassemblement, la femme tunisienne est capable de faire barrage à toutes tentatives d’atteintes à ses acquis. » Des propos bien accueillis, même si la ministre fut la figure de proue d’Ennahdha pendant la campagne électorale. Ismahen Lahmar, réalisatrice du documentaire Mon 14, projeté lors de l’événement, résume la détermination des Tunisiennes. Évoquant l’étudiante qui a vaillamment tenté d’empêcher un intégriste musulman de s’emparer du drapeau tunisien, elle lance : « Comme à la Manouba, ce sont les femmes qui sauveront la Tunisie. »

Pierre DESMAREST et Simon LEPLATRE

 

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