La Révolution et moi… Redha, vendeur au souk

Written by on 9 mars 2012 in La Révolution et moi, Rencontrer - No comments

Cela fait désormais trente-neuf ans qu’il vit au milieu des sacs en cuir, statuettes et autres babioles. Redha, vendeur au souk de Tunis, tient sur son pays un discours plutôt rafraîchissant et empreint d’optimisme. Depuis la chute de Ben Ali, la parole politique s’est libérée et, dans la médina, les conversations entre marchands vont bon train. Alors, forcément, quand on l’interroge sur l’état actuel de la Tunisie, Redha, la cinquantaine, a la parole facile.

Redha, dans sa boutique du souk de Tunis. (Photo CFJ / M.E.)

 

  • La montée en puissance du parti islamiste Ennahdha ? « Je n’ai pas voté pour eux, mais aujourd’hui je suis convaincu. Depuis qu’ils sont au pouvoir, les grèves ont cessé, les cambriolages et la violence ont reculé. L’économie redémarre. Et puis, on a déjà chassé Ben Ali, on peut virer Ennahdha s’il y a des problèmes. »
  • La réapparition des salafistes ? « Ces gens-là ne respectent pas l’Islam. Ils créent des problèmes inutilement. Nulle part la religion ne dit qu’il faut porter un niqab. »

« Pas d’omelette, pas d’œuf »

  • La Tunisie post-Ben Ali ? « Je suis plutôt optimiste. Philippe, un fournisseur français avec lequel je travaille, était paniqué quand Ennahdha a remporté les élections. Il m’a dit qu’il ne reviendrait plus jamais. Je lui ai dit de se détendre. La Révolution, c’est comme un bébé. Elle n’a qu’un an. Forcément, parfois, elle n’avance pas droit. Mais elle se construit. Pas d’omelette, pas d’œuf, comme on dit chez vous ! »
  • Les atouts de la Tunisie ? « On n’est pas le Yémen, l’Egypte ou la Syrie. La Tunisie est un petit pays, il n’y a pas de tension religieuse. Et nous sommes très solidaires. Les Tunisiens sont en train de découvrir le jeu politique. Pendant des années, on n’a eu que trois partis, aujourd’hui on en a cent vingt. Et on ne les connaît même pas !  Ils nous disent tous : ‘‘On est les meilleurs.’’ Mais ce sont les actes qui comptent ! »

En partant, le vendeur nous lance une dernière fois : « Il faut laisser le temps au temps. Vous verrez, vous reviendrez. »

 Mathilde ENTHOVEN et Romain BECKER

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