Des femmes en colère au Bardo

Written by on 9 mars 2012 in Voter - No comments

Pour la journée internationale de la femme du 8 mars, deux mille personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée nationale constituante, à Tunis. L’occasion d’exprimer leurs craintes sur la préservation des droits des Tunisiennes.

La foule était composée de femmes et d'un bon tiers d'hommes (Photo CFJ / G. F.V)

« Les femmes aussi ont fait la Révolution ! », « Non à la charia ! », « Des femmes émancipées donnent des générations d’hommes libres ». Les quelque deux mille manifestants réunis face à la Constituante brandissent des pancartes qui témoignent d’une réelle inquiétude. Ce 8 mars est la première journée internationale des droits des femmes depuis la victoire du parti islamiste aux élections du 23 octobre.

« On a peur, on a l’impression qu’on revient à la case départ », déplore Fara, 25 ans, interne en Médecine à Sousse. Le récent contexte politique n’est certes pas pour les rassurer : les débats parlementaires sur le rôle de la charia dans la future Constitution notamment ou la promotion de la polygamie par un député d’Ennahdha ont provoqué un tollé au sein des associations féministes. Malgré ses déclarations apaisantes sur le maintien de l’égalité des sexes, le parti de Rached Ghannouchi est accusé ici de chercher à la remettre en cause.

Dans la foule, un groupe de jeunes filles s’exhibe bâillonnées et les poignets attachés, comme pour dénoncer leur future servitude. Plusieurs femmes hissent des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Touche pas à mon Code du statut personnel ! » Ce texte a dès 1956 fait des Tunisiennes les femmes les plus émancipées du monde arabe. Il a notamment institué le divorce par consentement mutuel et proscrit la polygamie.

« Ni bête ni soumise »

« On a même l’égalité des salaires, pas comme en France ! », ironise Fatna, professeure d’histoire à l’Université, qui tient serrée contre elle une photo de Tawhida Ben Cheikh, la première femme médecin tunisienne. La foule est composée d’un bon tiers d’hommes, venus soutenir la cause féminine. Costume cravate, la soixantaine, un homme fait sensation avec sa pancarte sarcastique : « Ma femme, je la veux bien faite, bien mise… ni bête ni soumise. »

Le drapeau tunisien était omniprésent devant le Bardo. (Photo CFJ / G. F.V)

Les quelques policiers de garde devant le palais du Bardo sont pris à partie par une poignée de manifestants : pourquoi n’ont-ils pas bronché la veille, lorsqu’un groupe de salafistes a provoqué des heurts à l’université de La Manouba ? Pourquoi n’être pas intervenus lorsqu’ils ont remplacé le drapeau tunisien par la bannière des djihadistes ? Dans la masse des protestataires réunis, nombreuses sont les femmes enveloppées des couleurs de l’emblème national.

Un fondamentaliste à la barbe noire s’invite dans la manifestation pour faire entendre sa voix. Il est repoussé sans ménagement. Mais l’incident divise. Un homme d’une cinquantaine d’années s’exclame : « Il doit pouvoir s’exprimer aussi, c’est ça la démocratie. » Bien décidées à montrer que l’espoir démocratique ne s’essouffle pas, les femmes reprennent à plein poumons à l’adresse du gouvernement : « Dégage ! Dégage ! » Les chants de la Révolution continuent de résonner dans la capitale.

Ghislain FORNIER-DE-VIOLET, Sandrine ANDREI et Sophia MARCHESIN

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