Commerce raplapla à la médina

Written by on 8 mars 2012 in Rencontrer, Travailler - No comments

Plus d’un an après la Révolution, les touristes étrangers manquent toujours à l’appel dans la vieille ville. Au grand dam de ses commerçants.

Les touristes ont déserté la médina (photo CFJ / Estelle FAURE)

« C’est un mauvais moment à passer. » Tous les marchands de la médina de Tunis le disent, depuis la Révolution les touristes ont presque disparu des ruelles étroites du coeur historique de la capitale.

« Je suis vendeur depuis 42 ans, je n’ai jamais vu ça, c’est encore plus calme que pendant la guerre du Golfe ! », se lamente Ridha Kefi, au milieu de ses ustensiles de cuisine en bois d’olivier. Sur ses cahiers de comptes, les chiffrent parlent d’eux-mêmes : « Avant la Révolution, à cette période de l’année, je vendais pour 160 dinars (80 euros) par jour. Aujourd’hui, je vends à peine pour 80 dinars (40 euros). »

Après une année 2011 « catastrophique » - ce mot revient dans la bouche de tous les commerçants – les affaires tournent au ralenti. L’année dernière, seulement 3 millions de visiteurs sont entrés dans le pays, contre 7 millions en 2010, selon le ministère de l’Intérieur. Rue Jemâa ez Zitouna, une des plus passantes de la médina, un signe ne trompe pas : faute de clients, les bazars les plus prospères ferment désormais à 17h30, soit une heure et demi plus tôt qu’avant la chute de la dictature.

« Les images de la Révolution, diffusées sur toutes les télévisions du monde, ont marqué les esprits des touristes. Les journalistes ont gonflé les événements. Sur Al Jazira par exemple, on aurait dit que c’était la guerre civile », s’agace Ali Lamari, vendeur de chéchias (1). Comme tous, il attend avec impatience que les paquebots de croisière déversent de nouveau, dans le port de la Goulette, leurs trois à quatre mille touristes : « Avant, au mois de mars, il y avait deux croisières par semaine ; aujourd’hui, il y en a une tous les quinze jours », déplore Ahmed Nasri, un jeune guide touristique habitué à faire visiter le quartier aux croisiéristes. Or, ces vacanciers représentent une manne financière conséquente pour les commerçants de la médina.

« Quand le pays va se stabiliser, les touristes vont revenir »

Rue de la Kasbah, l’autre grande artère de la vieille ville, Mohamed Ben Châabane tient une boutique de vêtements traditionnels : « La marchandise ne s’écoule pas. Le loyer de 160 dinars (80 euros) par mois devient de plus en plus difficile à payer. Du coup, on ne passe pas de commande à nos fournisseurs parce qu’on ne vend pas suffisamment. »

De son côté, Wassim Ben Ghorbel, vendeur de babouches installé à deux pas de la mosquée Zitouna, a commandé moins de modèles et en moins grande quantité à son grossiste, pour la saison à venir : « Je me réapprovisionnerai au dernier moment en fonction des besoins. Je n’ai pas les moyens d’avoir de gros stocks. »

Malgré ces difficultés, depuis la chute de Ben Ali, il n’y a pas eu de vague de fermetures de commerces dans la médina : « Quand les affaires ne sont pas bonnes, un commerçant vend sa maison, pas sa boutique », poursuit-il. Le jeune homme, qui habite avec ses parents, a mis sa voiture en vente sur Internet : «  Il va falloir deux ou trois bonnes saisons pour que je puisse rembourser mes dettes à ma famille. »

En attendant des jours meilleurs, il tue le temps en faisant des va-et-vient dans le salon de thé situé à côté de sa boutique : « Chez nous, ce n’est pas une crise grave, comme en Grèce. Quand le pays va se stabiliser, les touristes vont revenir, et ce sera la fin. C’est une question de temps. La Révolution a provoqué cette crise mais a surtout apporté la liberté. Et ça, ça va attirer encore plus de touristes qu’avant, Inch’Allah ! »

Léo CHAPUIS

(1) Bonnet traditionnel en forme de calotte, porté par les hommes.

Leave a Comment