À défaut des femmes, la Révolution a libéré leur parole

Written by on 8 mars 2012 in Rencontrer - No comments

A l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, Medinapart a rencontré Balkis Mechri-Allagui. La vice-présidente de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) dresse un état des lieux teinté d’espoir.

Mme Balkis, vice-présidente de la LTDH (photo CFJ/M-L. A.)

C’est dans une modeste maison aux murs blancs craquelés, en plein cœur du quartier d’El Omrane à Tunis, que se trouvent les locaux de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Une palissade et de gros arbres cachent un peu l’entrée. Mais, depuis la rue, des voix de militants se font entendre. Dans le hall, des slogans et des affiches recouvrent tous les murs. Sur le petit bureau de l’accueil, les dossiers s’empilent, pêle-mêle.

« Nous avons été extrêmement étonnés, après le 14 janvier, de voir autant de dossiers arriver. Nous nous sommes trouvés dans une situation à laquelle nous n’étions pas préparés », raconte Balkis Mechri-Allagui. Les yeux cernés, elle explique que le travail ne manque pas depuis la Révolution. La Ligue a multiplié les communiqués et n’a cessé de rencontrer nouveaux dirigeants, nouvelles organisations et acteurs internationaux.

Tous ici souhaitent défendre la démocratie, les élections libres, la justice et la sécurité. Au siège de la LTDH, on parle sans cesse des changements qui ont eu lieu depuis un an et des initiatives de l’organisation : « Avant, le rôle de la Ligue c’était de faire pression et de soutenir. Ce rôle a changé. On ne se limite pas aux pressions, on présente aussi des alternatives au gouvernement », affirme-t-elle.

En tant qu’ancienne militante de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), elle se dit étonnée de voir tant de femmes s’engager pour défendre leurs droits : « Où se cachaient-elles donc auparavant ? Beaucoup d’associations féministes ont vus le jour après la Révolution. Ben Ali avait réussi à instaurer la peur. »

« Maintenant, on peut jouer notre rôle »

Aujourd’hui, la situation des femmes est très critique dans le pays et ce, à cause de l’islamisation croissante. « Il ne s’agit pas seulement d’Ennahdha, mais aussi des salafistes. Ils échappent au pouvoir et sont donc plus difficiles à combattre. Nous avons peur pour les droits des femmes avec le réveil de l’islamisme dans le pays », explique la vice-présidente de la LTDH. Fin janvier, les salafistes avaient violemment réagi à l’interdiction du port du niqab à l’Université de la Manouba.

Les locaux de la LTDH témoignent des menaces qui régnaient sous Ben Ali. La serrure du bureau de la vice-présidente est fracturée, comme toutes les autres, qui ont été cassées pendant la Révolution. Personne n’a eu le temps d’en installer de nouvelles. Bakis Mechri-Allagui se veut pourtant optimiste : « Nous sommes en train de chercher des nouveaux locaux. Et maintenant, on peut jouer notre rôle, contacter la population et nous déplacer dans les régions pour divulguer la culture des droits humains. »

Marie Louise ALBERS

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