À « Trabelsi city », les ruines d’une dictature

Written by on 8 mars 2012 in S'étonner, Voter - 1 Comment

Les villes côtières regorgent des anciennes propriétés fastueuses du clan Trabelsi, la belle-famille de l’ex-président Ben Ali. Toutes ont été abandonnées, la plupart sont murées, certaines pillées. Visite guidée à La Marsa, en compagnie de Mohammed.

Le jardin de l'ancienne demeure d'Houssem Trabelsi, beau-frère de Ben Ali (Photos CFJ/L.D, A.M)

Du marbre brisé un peu partout : sur les marches des escaliers, sur le rebord d’un bar, sur les terrasses. Les ex-villas du clan Trabelsi, la famille de l’épouse de Ben Ali qui s’était accaparé les richesses du pays, se comptent par dizaines dans la banlieue chic de Tunis. Direction, Carthage, La Marsa ou Gammarth, à une vingtaine de kilomètres de la capitale.

« Chaque membre avait cinq ou six villas ! », s’exclame Mohammed. Ce Tunisien de 42 ans s’est improvisé guide touristique des villas en ruines. Il gagne désormais sa vie grâce aux pourboires des curieux. Un couple en pélerinage dans l’ancienne maison de Houssem Trabelsi, le beau-frère du dictateur, fait partie des visiteurs. « Ici, on se souvient pourquoi il y a eu la révolution », glissent-ils.

« On les appelait Ben Ali et les quarante voleurs »

Cette demeure est la plus visitée de la « cité Trabelsi », comme l’appelle Mohammed. Dès le 14 janvier 2011 au soir, après la chute de Ben Ali, la demeure du moins riche des Trabelsi a été pillée par les Tunisiens en colère. « Ils sont venus des quartiers populaires de La Marsa », se souvient-il

Depuis, les murs sont recouverts de graffitis revendicatifs, le sol est jonché de débris de verres et le plafond est carbonisé. Un chat dessiné sur le mur des escaliers miaule : « Voler le peuple pour se payer une baraque aussi moche. » Mohammed rigole : « Ici, on les appelait Ben Ali et les quarante voleurs.»

À quelques pas de cette première bicoque, bienvenue chez Mourad, le neveu de Ben Ali. Si les bombes de peintures ont épargné sa propriété, Mourad Trabelsi n’a pu échapper à la justice  : « Regardez au loin, ordonne Mohammed, le doigt pointé vers la prison. C’est la nouvelle demeure de Mourad. »

Quelques dinars de taxi plus loin, quatre nouvelles maisons Trabelsi ont déjà défilé à travers le paysage. Toutes sont désormais murées pour dissuader les squatteurs de venir s’installer. « Ces maisons, les municipalités concernées voudraient les vendre », informe le chauffeur. Le voyage se conclut au Bräuhaus, un restaurant avec pignon sur plage. Le lieu devait être peuplé par la faune branchée de Tunis. Il est désormais occupé par des chiens errants.

Laurène DAYCARD et Amélie MOUGEY

(texte et photos)

De Trabelsi City

La carcasse de l’ancienne demeure d’Houssem Trabelsi, le beau-frère de Ben Ali, se dresse sur les hauteurs de La Marsa, à une vingtaine de kilomètres au Nord de Tunis. Il est permis d’y entrer car, lors de la Révolution, les portes et les vitres ont été détruites. Le propriétaire croupit aujourd’hui en prison.

De Trabelsi City

« Tous les mois, de nouveaux tags apparaissent », explique un couple de passage. « Si la maison n’est pas fermée, c’est parce qu’il faut encore que la rage s’exprime », poursuivent-ils.

De Trabelsi City

Face nord, la villa surplombe la mer. Face sud, le jardin abrite une piscine. La propriété de Houssem Trabelsi était paradisiaque. Pourtant, « c’est la plus petite du quartier », s’amuse Mohammed.

De Trabelsi City

À deux pas de la maison d’Houssem s’étend le reste de la « cité Trabelsi ». Dans ce lotissement, le clan de l’ex-première dame détenait quatre maisons. Il faut franchir une barrière à l’entrée du quartier. En revanche, le poste de garde est déserté.

De Trabelsi City

Pour ne pas subir le même sort que la villa d’Houssem Trabelsi, les autres propriétés ont été murées, portes et fenêtres. Les anciens occupants se sont enfuis, à Dubaï selon Mohammed, ou bien ils purgent une peine en prison.

De Trabelsi City

Depuis deux semaines, Mohammed, 42 ans, s’est improvisé guide de la cité fantôme. « Cet immense terrain vague, derrière moi, c’était un souk, se souvient le guide. Comme les Trabelsi ne supportaient pas le contact avec les pauvres, ils l’ont fait raser. »

De Trabelsi City

Sur l’autoroute qui relie La Marsa et Gammarth, les chantiers abandonnés défilent. La construction de ces deux villas pour les filles de Ben Ali est au point mort. Le chauffeur de taxi commente : « Trabelsi, Ben Ali, c’est pareil : ils étaient partout. »

De Trabelsi City

Le Bräuhaus, un immense bar-restaurant, surgit au bout d’un chemin en terre. Le propriétaire est en prison. Imed Trabelsi, le neveu préféré de l’épouse du dictateur déchu, était considéré comme l’homme le plus détesté par le peuple, car le plus corrompu.

De Trabelsi City

A l’intérieur du Bräuhaus, rien ne reste du faste passé. Le mobilier a été pillé et le reste incendié. La bourgeoisie tunisienne a déserté les lieux, y compris la plage où ne subsistent que quelques pêcheurs.

One Comment on "À « Trabelsi city », les ruines d’une dictature"

  1. Seb 10 mars 2012 à 0 h 01 min · Répondre

    C’est un bon petit sujet gravats ça !

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